18 Décembre 2017

Mise à jour des statistiques : le taux de cas D passe à 7%



Comme annoncé dans les actualités précédentes, l’objectif du GEIPAN est :

  • de réduire le temps moyen de traitement des cas courants, 
  • de dégager des ressources pour revisiter les cas D anciens afin de faire progresser l’expliqué et de disposer d’un corpus plus uniformisé de cas inexpliqués.

Le présupposé de cette revisite est que l’accumulation d’expérience du GEIPAN, les nouvelles connaissances et les nouveaux moyens disponibles peuvent permettre de trouver des explications.

 

Cette année la revisite des cas D anciens aura conduit à plus de 50 republications avec reclassement vers les classifications A, B ou C. 

 

En cliquant sur le tableau ci-dessous vous ouvrirez la liste complète des cas revisités avec les liens vers les dossiers que vous pourrez consulter:

 

  

La revisite est principalement menée sur les cas antérieurs au tournant 2005-2008 correspondant à la mise en place du GEIPAN actuel, avec une nouvelle classification plus stricte et des enquêtes plus approfondies rendues possible par la révolution numérique (cf. actualité du 14 décembre 2016). Cela concerne une plage de ~200 cas, dont une grosse partie (120 cas) se situe dans la période SEPRA (1988 -2005).

 

La revisite se poursuit. Elle est amorcée sur toute cette plage, un examen de premier niveau évalue la robustesse de la classification initiale «inexpliqué » et la revisite approfondie est menée d’abord sur les cas les moins robustes. Ce qui veut dire que le taux d’explication et reclassification devrait logiquement baisser pour la suite et que la robustesse globale du stock de cas D ne fait qu’augmenter. 

 

Nous allons maintenant illustrer cette approche avec deux phénomènes parmi ceux maintenant expliqués, et classés non-expliqués lors de leur premier classement : Astre et  Lasers (rayons de projecteurs vers le ciel). Dans les deux cas, on met en évidence l’apport de l’expérience et des outils. 

 

Enfin nous introduisons deux cas « « LAC D'OPALE (LE) » ESTAING (65) 18.07.1989  » et « [D110] de BRAUX (04) vers ANNOT (04) 01.12.1979 » qui illustrent plus particulièrement la profondeur d’analyse que peut nécessiter une revisite d’un cas D ancien. Le premier par une analyse faite uniquement à l’aide d’outils et l’autre en combinant outils et retour sur les lieux de l’observation.

 

Méprise « Astres » 

 

La liste des republications sur 2017, fait apparaitre beaucoup de reclassements en « astre ».  On pourrait s’étonner de cela en pensant qu’un astre est facilement reconnaissable. En fait, la méprise « astre » peut être complexe :

  • l’étrangeté pour le témoin commence par la non-reconnaissance de l’aspect de l’astre. Cela peut déjà mettre en jeu plusieurs phénomènes (effets de scintillement atmosphériques, de masque nuageux. et aussi de facteur humain comme l’autocinétique donnant l’impression que l’astre bouge...) ;
  • l’étrangeté s’accroît souvent par des perceptions de fort mouvement du PAN, voire de PAN en intelligence avec le témoin ou le poursuivant. Une des origines est le propre déplacement du témoin, c’est le phénomène d’illusion dit de « boule suiveuse » : la direction de l’astre est bien sûr fixe en absolu. Quand la voiture du témoin suit un cap à peu près constant, l’astre est fixe par rapport au véhicule et défile avec le paysage. Comme le témoin ne voit pas l’astre mais un PAN et le considère à une distance proche, ce défilement le long du paysage est perçu comme un déplacement du PAN parallèlement au véhicule en reproduisant les marches/arrêts. Si le témoin fait des lacets, il voit le PAN par intermittence, il peut alors percevoir le PAN comme traversant la route ou se poster ici et là en attente. Un autre phénomène de mouvement est la variation d’intensité lumineuse, causée par l’évolution du voile atmosphérique devant l’astre. Variation qui est logiquement interprétée par le témoin comme une variation en distance (dans sa direction) du PAN selon des vitesses souvent qualifiées de fulgurantes, en particulier lors de la fuite et de la disparition finale. 

Le travail d’enquêtes sur ces cas « astres » est aujourd’hui plus facile, car l’expérience accumulée permet de mieux reconnaitre une ou des typologies « astre » dans l’étrangeté formulée par les témoins tandis que les outils numériques permettent de consolider l’hypothèse. Une indication dans le paysage ou une photo ancienne peut permettre grâce à Street-View de trouver la position dans le ciel du PAN et de rechercher l’astre « en cause » sachant que la cartographie du ciel pour le lieu est aussi plus aisée. Les perceptions de « boule suiveuse » peuvent être vérifiées en reconstituant le mouvement relatif. L’accès aux bases de données de météorologie permettent de vérifier la visibilité des étoiles ou au contraire la présence de nuages pouvant cacher suffisamment la lune ou le soleil, empêchant de les reconnaitre, tout en laissant passer des fragments lumineux (bords ou petites trouées de nuages) de formes indéfinies et variables créant l’étrangeté. 

 

Toute l’analyse peut se faire à distance (sans retour sur les lieux). Elle peut être néanmoins complexe et longue du fait de la combinaison des phénomènes possibles dans une même hypothèse d’astre. Il peut subsister des résidus d’étrangeté, c’est-à-dire des éléments de témoignage non expliqués par l’hypothèse, plus ou moins déterminants, pouvant nécessiter un contact téléphonique vers le témoin. 

 

Auparavant, la typologie d’étrangeté « astre » était bien sûr moins établie. L’accès à toutes les données était fastidieux et souvent incomplet, le déplacement sur les lieux souvent nécessaire pour restituer la position du PAN, sans que l’on puisse pour autant facilement reconstituer les déplacements relatifs (boule suiveuse) et consolider l’hypothèse. 

 

Méprise « Lasers » 

 

Le terme n’est pas approprié puisqu’il s’agit des réflexions dans le ciel de rayons issus de projecteurs et utilisés à des fins publicitaires ou ludiques, le laser n’étant qu’une technologie parmi d’autres pour créer ces rayons. On parle aussi de « skytracers» ou de « skyrose ». Apparus dans les années 80 et 90, ils sont utilisés dans les discothèques ou dans diverses manifestations (fêtes foraines, concerts…). Lors des observations les plus anciennes, les effets dans le ciel, étranges pour les témoins, pouvaient l’être aussi pour le GEIPAN (SEPRA).

 

Aujourd’hui, c’est l’aspect visuel décrit par les témoins qui met sur la piste grâce à l’expérience acquise sur les cas plus récents :

  • il y a des typologies particulières des impacts dans l’écran de ciel des rayons venus du sol 
    • forme circulaire ou en «ogive », selon la perspective créée par l’angle d’observation ;
    • mouvements de grande amplitude, en va-et-vient, parfois toujours selon la même trajectoire, parfois en effectuant diverses figures, «voltiges », « ballets » ;
    • couleur et luminosité des PAN : une lumière n’éblouissant pas.
  • on peut rencontrer diverses configurations : visibilité des impacts seuls, des faisceaux seuls, des deux à la fois. Ce sont les conditions météorologiques qui déterminent la visibilité et la distance de visibilité, et cela explique le caractère aléatoire voire fugitif des phénomènes (les projecteurs d’une discothèque proche peuvent n’être que rarement visibles quand une autre ailleurs produit des effets fréquents à des dizaines de kilomètres de distance).

 

Les outils sont déterminants pour consolider l’hypothèse :

  • pour vérifier la présence d’une couverture nuageuse basse pouvant créer l’écran dans le ciel, voire quelquefois la présence en cours ou récente de la pluie. Ce sont en effet les particules en suspension dans l’atmosphère qui créent cette visibilité, une pluie en cours est favorable tandis qu’une pluie importante récente a plutôt « rincer » l’atmosphère ;
  • pour rechercher par les cartographies en cours et anciennes des indices en faveur de l’existence de discothèques ou d’animations commerciales.
  • pour rechercher sur internet les fiches techniques des projecteurs, leurs capacités et les dates de mises en services.

 

Deux cas type, parmi ceux ayant nécessité une grande profondeur d’analyse 

 

Ces deux cas ont été revisités plusieurs décennies après l’observation. Il n’a pas été possible ou jugé utile de recontacter le témoin : 

  •  L’enquête « « LAC D'OPALE (LE) » ESTAING (65) 18.07.1989 » est menée uniquement à distance (sans retour sur les lieux) et met en jeu un grand nombre d’hypothèses. Le travail d’analyse basé sur l’expérience et les outils permet d’établir que l’hypothèse de ballon Mylar à une probabilité supérieure à 50% et peut donc être retenue, Un effort moindre d’analyse n’aurait pas permis de consolider cette hypothèse et le cas aurait peut-être été maintenu en cas D ou reclassé en D1 (classification actuelle) ;
  • Dans le cas « [D110] de BRAUX (04) vers ANNOT (04) 01.12.1979 » une seule hypothèse « Lune » s’impose. Cette vérification aurait peut-être pu être menée uniquement à distance, mais le retour sur les lieux a permis de bien reconstituer non seulement les contextes géographique mais aussi historique en mettant en évidence les facteurs culturels du moment qui ont pu favoriser la méprise (témoignages de PAN très étranges abondamment relayés par les médias).

Ces deux exemples montrent que le classement ou non en « inexpliqué » peut dépendre (pour certains cas) de la profondeur d’analyse qu’on est en mesure de mener lors de l’observation ou plus tard avec l’évolution des connaissances et outils.