[R] DE BOURG-SAINT-MAURICE (73) VERS PEISEY-NANCROIX (73) 19.06.2023

Résumé
Observation dans le ciel d'un objet sombre portant un élément relié par un fil : observation probable d'un objet artificiel type parapente en vol bivouac porté par le vent.
Description

Le 19 juin 2023, entre 18h22 et 18h30, un témoin circulant en voiture sur la « Route des Espagnols » reliant Les Arcs 1800 à Peisey‑Vallandry (Savoie) observe un objet sombre isolé dans le ciel. Il s'arrête, descend du véhicule et observe le phénomène à l'oeil nu pendant plusieurs minutes, avant de le filmer et de le photographier à deux reprises avec son téléphone. Deux randonneurs, inconnus du témoin, sont également vus en train d'observer le phénomène. L'objet disparaît après huit minutes, lorsque le témoin reprend sa route et qu'un virage masque sa visibilité. 
Le témoin décrit l'objet comme une structure cubique et creuse, de teinte gris foncé à l'aspect métallique, portant sous elle un élément assimilé à une planche reliée par un fil. L'ensemble est perçu comme silencieux, immobile ou dérivant très lentement, porté par le vent, sans clignotement, halo ni émission lumineuse.

La consistance* du cas est jugée bonne, malgré le témoignage tardif (juillet 2025) de l'unique témoin ayant signalé l'observation au GEIPAN. La durée de l'observation permet une description détaillée et cohérente, complétée par une vidéo et deux photographies exploitables. L'étrangeté ressentie par le témoin repose sur la forme perçue, la longue visibilité et l'absence de bruit ou de mouvement perceptible, caractéristiques qui diffèrent de ses références pour des objets aériens connus. Cette impression est renforcée par la présence d'un élément suspendu sous l'objet, conférant à l'ensemble un aspect inattendu. 
*Selon les critères du GEIPAN, la consistance est la quantité d'informations considérées comme fiables et objectivées, recueillies pour un témoignage.

L'analyse photographique nuance toutefois certains éléments de la description. Sur les images, l'objet ne présente pas les caractéristiques géométriques d'un cube rigide : aucune arête franche ni structure anguleuse n'est visible. Sa forme apparaît plutôt rectangulaire aux bords arrondis, évoquant davantage une surface souple ou une enveloppe textile que des parois métalliques. L'élément suspendu est bien visible et confirme une configuration objet principal avec charge, classique dans les dispositifs aérostatiques tels par exemple un parapente. Une estimation géométrique basée sur les caractéristiques de l'appareil photo et la taille apparente de l'objet dans l'image indique une dimension angulaire d'environ du double de celle de la Lune (~1,2°). En retenant une fourchette de distances possibles incluant l'estimation du témoin (entre 100 m et ~500 m) et l'estimation de l'élévation angulaire donnée par le témoin, soit environ 15°, on obtient une altitude comprise entre environ 26 et 140 mètres au-dessus du point d'observation, et une taille réelle probable comprise entre environ 2 et 10 mètres, cette valeur étant cohérente avec les dimensions d'une voile de parapente (voir annexe 1 : analyse par outil IPACO*).
Le comportement du phénomène est déterminant : rester presque immobile pendant huit minutes, sans bruit ni chute, suppose nécessairement un objet porté par l'air. A cette altitude, un objet massif tomberait rapidement ; un engin motorisé produirait un bruit perceptible ; un drone présenterait des structures de sustentation visibles.
L'absence de déplacement significatif indique une vitesse horizontale très faible, estimée inférieure à un mètre par seconde, compatible avec une simple dérive dans un vent léger ou des ascendances thermiques locales, fréquentes en zone montagneuse. Les données météo des deux stations les plus proches confirment un vent général faible de direction variable (4 à 10km/h).
Les hypothèses suivantes ont été examinées et écartées : aéronef conventionnel, drone, ballon météo officiel, phénomène astronomique, phénomène atmosphérique particulier, engin spatial ou militaire. Toutes sont incompatibles avec la forme observée, l'absence de bruit, la très faible vitesse apparente ou les conditions d'observation de jour.
L'hypothèse retenue est celle d'un objet artificiel léger porté par l'air : ballon artisanal, voile textile ou dispositif improvisé assimilable, muni d'un ballast stabilisateur (l'élément suspendu visible sous la forme principale). Il pourrait aussi s'agir d'un vol bivouac, alliant utilisation d'un parapente et transport du matériel nécessaire au bivouac. La forme du dispositif suspendu est en effet très semblable à celui du sac dans lequel se glisse le parapentiste, et la forme supérieure semblable à celle d'un parapente, vu de côté et de quasiment dessous, ce qui donne une fausse impression de forme cubique.
L'impression de rigidité et de masse décrite par le témoin s'interprète alors comme un biais de perception lié à la distance, à l'absence de repères de profondeur et au contraste visuel important entre la teinte sombre du PAN et l'arrière-plan du ciel très clair. Des enveloppes textiles gonflées par l'air, comme celle d'un parapente, peuvent donner visuellement une impression de dureté trompeuse lorsqu'elles sont observées en altitude.
Des recherches ont été entreprises afin de déterminer s'il existait une activité encadrée, une animation publique, un projet scolaire ou une installation artistique impliquant un lâcher d'objet volant dans ce secteur et à cette date. Aucune trace n'a été retrouvée dans la presse locale, les annonces publiques ou les communications institutionnelles. Nous avons également cherché à déterminer si un vol bivouac en parapente aurait pu avoir lieu dans la zone d'observation, qui fait partie d'un secteur de décollage parapente officiel, sans succès.
Notons que le délai important mis par le témoin à rapporter son observation a compliqué les recherches.
En conclusion, le phénomène observé correspond très probablement à un objet artificiel léger porté par les flux d'air locaux, éventuellement un parapente équipé pour un vol bivouac, mais d'origine précise non retrouvée.

Le GEIPAN classe le cas en « B » : observation probable d'un objet artificiel type parapente en vol bivouac porté par le vent.

IPACO : logiciel d'analyse et de traitement d'images du GEIPAN (IPACO.fr).