METZ (57) 20.07.2020

Résumé
Observation en deux phases du passage de plusieurs feux de couleur formant un V perdu de vue puis réapparu sous l'aspect d'une lumière blanche dans le ciel nocturne : phase 1 de l'observation classement en D phénomène non identifié après enquête et phase 2 classement en « B », observation probable de l'ISS.
Description
Le 20 juillet 2020 vers 23h35, un témoin en extérieur à METZ (57) pour observer la comète Neowise aux jumelles remarque au nord-nord-ouest un phénomène évoquant initialement un avion de ligne en virage à basse altitude. L'ensemble, en forme de « V », présente un feu central rouge entouré de plusieurs lumières colorées fixes et intenses qui masquent les contours de l'objet. Le phénomène évolue d'abord lentement avant d'être perdu de vue pendant 15 secondes. Il est ensuite retrouvé sous l'aspect d'une lumière blanche éblouissante, observée aux jumelles en fin de parcours. L'observation, totalement silencieuse, dure entre 45 secondes et une minute avant que le phénomène ne disparaisse vers l'est derrière la cime des arbres. Un seul témoignage a été recueilli

Ces deux séquences distinctes ont conduit à scinder l'analyse en deux phases. La concomitance spatiale et temporelle de ces deux événements indépendants a contribué à renforcer le sentiment d'étrangeté ressenti par le témoin.
La consistance de ce cas, initialement évaluée comme « moyenne », a été réévaluée à « bonne » à l'issue de l'enquête de terrain. Cette revalorisation repose sur la coopération du témoin, laquelle a permis de compenser le caractère isolé du récit ainsi que l'absence de preuves photographiques ou vidéo.
*Selon les critères du GEIPAN, la consistance est la quantité d'informations considérées comme fiables et objectivées, recueillies pour un témoignage.

Plusieurs hypothèses ont été explorées pour les deux phases (voir le compte rendu d'enquête) :
Phase 1 : celle d'un aéronef civil ou militaire, d'un ballon lumineux ou d'une lanterne thaïlandaise.
Phase 2 : celle de l'observation du passage de l'ISS (International Space Station).
Concernant la phase 1, l'hypothèse de l'observation d'un aéronef civil ou militaire a été étudiée, les autres (ballons LED ou lanternes chinoises) présentant trop d'incohérences au regard des caractéristiques du PAN.
Bien que la carte du CAPCODA* ne révèle pas de trace radar d'un aéronef pouvant être assimilé au PAN, certains paramètres vont dans le sens de l'observation d'un avion « lourd » militaire de transport, type Hercules C-130 ou A400M en exercice en vol TBA*, et en particulier :
- la présence d'une lumière rouge fixe (récit confirmé au cours de l'enquête terrain) et d'au moins une lumière verte fixe, assimilables aux feux de position. L'absence de feux anticollision est tout à fait possible lors d'exercice militaires, ces feux pouvant ne pas être allumés.
-le changement de forme (de l'alignement des lumières on passe à un « V » inversé plus ou moins prononcé) est causé par le changement de perspective, l'avion effectuant un virage.
-la taille apparente est décrite par le témoin comme étant « de l'envergure d'un gros avion de ligne » avec le témoin qui pense en tout premier lieu à « un avion de ligne à basse altitude ».
-la vitesse est décrite par le témoin comme étant « très réduite », ce qui est typique de la description de l'observation d'avions de transport militaire, qui ont des vitesses de déplacement qui peuvent être relativement faibles (parfois moins de 200 km/h).
L'enquête a également établi qu'un exercice militaire d'envergure, nommé CASEX, a débuté le jour de l'observation en mobilisant de nombreux aéronefs français et allemands au sein d'une zone réglementée. Bien que cet exercice soit situé à une distance significative de la position du témoin, l'éventualité qu'un avion militaire volant à très basse altitude ait échappé aux radars ou circulé transpondeur coupé a été examinée. Toutefois, l'expert en aéronautique militaire du GEIPAN juge la présence d'un tel aéronef très peu probable dans ce contexte. Cette conclusion est renforcée par l'absence totale de bruit perçu lors de l'événement, alors même que les conditions de vent étaient favorables à la propagation sonore

Concernant la phase 2, les relevés obtenus lors de l'enquête confirment que la Station Spatiale Internationale (ISS) évoluait ce soir-là selon la trajectoire décrite pour le phénomène. L'apparence globale, le timing, la durée d'observation et l'absence totale de bruit perçu constituent des éléments convergents en faveur de cette identification.
La mention de flashes et d'éblouissements consécutifs à l'observation aux jumelles et l'aspect vaporeux autour du PAN ne cadrent pas avec cette hypothèse sans que nous ayons pu évaluer avec certitude si les conditions d'utilisation des jumelles aient pu exacerber ces perceptions.
Si l'objet observé n'avait pas été l'ISS, le fait que le témoin n'ait pas aperçu la station spatiale alors qu'elle évoluait précisément dans la même tranche horaire et sur la même trajectoire reste inexplicable. Cette absence de détection simultanée d'un second objet renforce l'hypothèse d'une confusion entre le phénomène et le passage de la station..

Selon la décomposition de cette observation en 2 phases, les travaux d'enquête n'ont pas permis de réduire l'étrangeté perçue par le témoin en comparant l'observation à un phénomène connu pour la première phase, alors qu'une hypothèse consolidée se rapproche mieux pour la deuxième phase.
En conséquence, le GEIPAN classe la phase 1 de l'observation en « D », phénomène non identifié après enquête et la phase 2 en « B », observation probable de l'ISS.

*CAPCODA : Centre Air de planification et de conduite des opérations et de défense aérienne (Armée de l'Air et de l'Espace).
*TBA : Très Basse Altitude.